Catégories
Stratégie de contenu

Rémunération de la création de contenu : la solution de la blockchain ?

La blockchain se développe, et avec elle de potentiels systèmes de rémunération de la création de contenu. En mars 2021, Kevin Ross, éditorialiste du New York Times, a réussi l’exploit d’effectuer la première vente d’article aux enchères. Gains : 560 000 $ destinés au soutien d’organisations caritatives de New York. Basée sur le système des NFT, cette vente révèle au grand jour un nouveau courant, celui d’une nouvelle forme de rémunération de la création de contenu.

Le désert financier de la création de valeur immatérielle

Les effets d’internet sur la monétisation de la création de contenu

L’essor d’internet a fortement impacté le secteur de l’information et du divertissement, à commencer par la presse, mais aussi l’industrie du disque ou du cinéma, pour ne citer qu’eux. La création et la promotion facilitées des œuvres, corrélées à leur numérisation, ont mis en péril les modèles d’affaires des acteurs du secteur.

La croissance de l’Internet a eu des effets positifs à plusieurs égards : moins de barrières à l’entrée pour les nouveaux acteurs, une promotion facilitée, une offre mieux gérée par le consommateur final grâce aux systèmes d’avis, de partages et de likes, etc.

Mais elle a aussi sonné le glas de certains modèles traditionnels. Le public se désintéresse de la télévision, la radio ou la presse papier au profit de l’Internet. Les médias qui se rémunéraient par la publicité ou un système d’abonnement ne peuvent plus survivre sur ce modèle. 

La gratuité, le modèle prédominant

La gratuité a investi le Web, au point que 75 % des Français ne souhaitent pas rémunérer l’information en ligne, même pour accéder à une information plus sûre et de meilleure qualité (sondage Ipsos).

Si Internet a amené un nouveau lectorat vers les sites d’information, les difficultés financières de nombreux journaux semblent indiquer que cela reste insuffisant. Une partie des médias a réussi le pari de la digitalisation (New York Times, Wall Street Journal), mais cela n’est pas une tendance majoritaire. Les recettes engendrées par les abonnements numériques semblent être moindres que celles des abonnements et achats papier, comme tendent à le montrer les chiffres du Monde. 

Le renouveau des modèles économiques du secteur

Ceux qui essaient de poursuivre la voie de la qualité et de la créativité doivent revoir leurs modèles économiques ou disparaître. Les dernières années ont effectivement vu nombre de dépôts de bilan par des journaux tels que La Marseillaise, Marianne, L’Humanité, etc. conduisant à leur disparition ou leur rachat par de grands groupes.

Face à ces constats, de nouveaux modèles de rémunération de la création de contenu émergent

L’appel aux dons pour soutenir l’information indépendante

Répandu dans le secteur de la presse, l’appel aux dons s’est vite développé à côté des modèles traditionnels de financement de l’information. Selon les journaux et leur structure, il peut être permanent, avec l’insertion d’une demande de financement à la fin de chaque article ou ponctuel, en faisant appel aux lecteurs du média dans les articles ou en cherchant des financements sur les plateformes de crowdfunding. 

Les plateformes

Des plateformes de streaming de l’information ont également vu le jour, notamment Cafeyn (anciennement LeKiosk) qui réunit 1 600 titres de presse. Le consommateur paie un abonnement pour avoir accès à tous les articles qu’il souhaite de façon illimitée, à la manière de Netflix. Assurés de percevoir un revenu, libérés de la dictature des algorithmes, les magazines peuvent se concentrer sur leur cœur de métier : la création d’une information de qualité, vérifiée et à forte valeur ajoutée. Les abonnés y gagnent un accès facile et bon marché à une vaste bibliothèque d’informations qu’ils ne trouveront pas ailleurs.

Les systèmes basés sur la blockchain

La cryptomonnaie

Une nouvelle forme de rétribution directe de la création, qu’elle soit écrite ou visuelle, est “la monnaie de créateur” (creator coin), un système de création de cryptomonnaie proposé par Rally Network. Derrière cette initiative, on retrouve une volonté d’éviter les règles des plateformes de publication, qui peuvent paraître arbitraires à certains, pour rendre le pouvoir (et le financement) aux créateurs et à leurs audiences. Le créateur peut créer sa propre cryptomonnaie et inviter ses fans à le subsidier afin de financer ses efforts créatifs. À l’heure actuelle, ce réseau n’est pas accessible à tout le monde, car un créateur doit d’abord poser sa candidature et recevoir l’aval de la communauté.

Les NFT

C’est une initiative de Kevin Ross, éditorialiste au New York Times, qui a attiré l’attention du grand public sur l’émergence du crypto-art, une forme d’art dématérialisé. La vente d’un édito à 560 000 $ grâce au système des NFT a effectivement fait la Une de nombreux journaux. Les NFT permettent de garantir l’authenticité d’objets virtuels, et notamment d’œuvres graphiques, sonores, etc. Ils avaient déjà été médiatisés au printemps 2020 lorsqu’une gravure de Banksy était partie en fumée à l’initiative d’un collectif de traders, détruisant l’un des tirages pour en faire une valeur virtuelle, vendue aux enchères contre des cryptomonnaies.

Les NFT (jetons numériques non fongibles) servent de titre authentique de propriété sur un objet virtuel ou réel et sont considérés comme infalsifiables. Donnant plus de contrôle aux créateurs en assurant la traçabilité et l’originalité de leurs créations, ce système tend à se répandre jusque dans les prestigieuses maisons de vente.

L’initiative de Kevin Ross ne devrait pas se reproduire prochainement, mais elle ouvre une perspective pour les créateurs de contenus originaux.