Figures d’insistance : l’art d’insister sans lasser

Vous connaissez cette sensation frustrante : vous avez une idée importante à transmettre, mais vos mots semblent rebondir sur votre lecteur comme des balles de ping-pong. Vous répétez, vous reformulez, vous soulignez… et pourtant, votre message reste invisible. Il n’a pas d’impact. Il n’engage pas. Il est plat. La solution est d’insister et de répéter, mais mieux. Avec subtilité. En utilisant les figures d’insistance, capables de transformer un texte ordinaire en contenu mémorable.

Pourquoi insister et répéter ?

« La répétition est mère du savoir » disait mon professeur de logique. Il aurait dû ajouter qu’elle était aussi mère de la conviction. Dans un texte persuasif, insister n’est pas une erreur, mais une stratégie.

En effet, grâce à l’effet de simple exposition, plus une personne est exposée à un stimulus (qu’il s’agisse d’un argument, d’une personne ou d’un objet), plus elle y est favorable. La répétition est donc centrale dans l’art de la persuasion.

Les figures d’insistance vous permettent de jouer sur la répétition avec finesse, sans surcharger votre texte.

Mais attention, insister ne veut pas dire radoter. Le secret réside dans la variété des effets, et surtout dans leur juste dosage. Trop d’emphase fatigue. Trop peu laisse indifférent.

Panorama des figures d’insistance

La répétition simple

Selon Patrick Bacry dans Les figures de style(Belin, 2017), la répétition consiste à répéter un mot ou une expression dans un même membre de phrase pour créer la tension, un effet dramatique ou du rythme. Elle peut être agaçante si elle est maladroite. Mais bien utilisée, elle donne du relief au texte.

Par exemple, « Je ne veux pas abandonner, je ne peux pas abandonner, je ne vais pas abandonner. » Cette technique fonctionne très bien dans les discours, les campagnes publicitaires et toute communication écrite ou orale qui vise à mobiliser l’audience.

Notez que vous pouvez aussi vous servir de la répétition pour créer un fil conducteur dans un contenu plus long. Dans ce cas, vous répétez une phrase clé à différents moments du texte pour créer un fil rouge qui guide le lecteur et ancre le message principal dans son esprit. Idéal pour les rapports et tout contenu long ayant un message clé à transmettre. Vous pourriez ainsi glisser « L’avenir appartient aux audacieux » dans l’introduction, le milieu et la conclusion du rapport stratégique de votre entreprise.

L’anaphore rhétorique

Forme de répétition, l’anaphore consiste à répéter le même mot (ou groupe de mots) au début de phrases successives.

Largement utilisée dans la poésie, les discours et la littérature, elle crée un refrain qui reste dans la tête du lecteur et renforce l’idée exprimée. En plus, elle rend le message conversationnel, raison pour laquelle elle est souvent utilisée dans les discours, tout en passant très bien à l’écrit.

Voyez la différence entre les deux déclarations de missions ci-dessous :

L’anaphore crée une cadence qui martèle le message sans jamais l’alourdir, transformant chaque phrase en une évidence qui s’accumule dans l’esprit du lecteur.

L’épiphore ou épistrophe

Autre forme de répétition, l’épiphore (ou épistrophe) consiste à répéter le même mot (ou groupe de mots) à la fin de phrases successives. Cette figure de style permet de répéter un mot important de votre message avec subtilité… tout en créant un effet « tambour » qui rythme le message et résonne longuement dans l’esprit de votre audience.

Vous souhaitez savoir comment fonctionne la création d’une épiphore ? Reprenons l’exemple développé pour l’anaphore et adaptons-le à l’épiphore :

« Nous défions le statu quo pour vous. Nous innovons pour vous. Nous transformons l’avenir de [secteur d’activité] pour vous. »

Le pléonasme (conscient)

Le pléonasme consiste à associer deux mots ayant le même sens. Il peut être :

Le pléonasme peut s’utiliser dans les textes ayant une certaine portée émotionnelle, tels que les messages publicitaires. Il crée une impression d’évidence, de solidité. Il brise davantage le scepticisme du lecteur qu’une simple affirmation.

L’énumération et l’accumulation

L’énumération et l’accumulation consistent à énumérer de façon non ordonnée plusieurs termes de même catégorie grammaticale à la suite les uns des autres. Elles peuvent notamment servir pour décrire les caractéristiques de vos produits ou services.

L’énumération est courte et contrôlée. Ayant pour objectif de décrire, elle comprend généralement trois éléments. Elle peut être utilisée dans les documents formels ou non. Elle est, par exemple, utilisée pour décrire un service de livraison « gratuit, simple et rapide ». C’est informatif et descriptif, mais ça ne vous tient pas éveillé la nuit.

L’accumulation, en revanche, cherche à créer une réaction émotionnelle chez le lecteur en l’assaillant d’images, d’idées ou de sensations. En effet, l’accumulation consiste à énumérer un grand nombre de termes pour créer un effet de profusion et d’amplification. Elle est donc adaptée à la littérature, au storytelling et aux campagnes publicitaires.

Pour utiliser l’accumulation, imaginez que vous vendez des confiseries (quel beau métier). Vous pourriez écrire « Découvrez notre gamme variée ». C’est descriptif et vaguement informatif. Mais vous pourriez faire mieux en écrivant « Découvrez notre gamme de saveurs acidulées, sucrées, épicées, fruitées, vanillées et chocolatées. » En plus d’informer le lecteur, cette accumulation a plus de chances de le faire saliver et de lui donner envie d’en savoir plus.

Attention cependant à ne pas sombrer dans l’excès : six éléments suffisent. Au-delà, vous couperiez littéralement le souffle du lecteur. Et pas positivement.

La gradation

La gradation est une forme ordonnée d’énumération, car elle consiste à aligner une série de termes de même nature par ordre d’intensité croissante (gradation ascendante) ou décroissante (gradation descendante) pour créer un élan ou une chute.

La gradation ascendante est parfaite pour tout document ou message d’incitation à l’action (slogan, plan d’action, manifeste, etc.), car elle donne une direction au message et suggère un mouvement ou une progression. Chaque adjectif va plus loin que le précédent, créant une conviction qui grandit mot après mot. L’astuce consiste à choisir des termes qui s’enchaînent naturellement, sans rupture de ton ni saut trop brutal. Votre lecteur doit sentir cette montée comme une évidence, pas comme… une figure de style vide de sens.

Par exemple, dans un article sur la crise climatique, vous pourriez écrire : « La situation est préoccupante. Vous pourriez même la qualifier d’alarmante, voire de catastrophique. »

La gradation descendante se prête moins aux communications d’entreprise et relève davantage de la littérature. Elle pourrait toutefois trouver sa place dans le storytelling.

L’hyperbole

L’hyperbole consiste à exagérer volontairement une idée, un sentiment ou une situation pour impressionner, choquer, faire rire ou émouvoir le lecteur. Elle permet de frapper l’imagination, de créer l’enthousiasme, voire de donner une aura de force à votre message. Cependant, elle doit être bien dosée. Trop utilisée, elle devient caricaturale.

L’hyperbole se trouve (trop) souvent dans les communications commerciales. Ainsi, à la place d’écrire « Nos prix sont avantageux », les publicitaires écrivent « nos prix défient toute concurrence », une formule plus mémorable qui dépasse la simple information factuelle. Veillez toutefois à ce que l’hyperbole ne transforme pas votre communication en mensonger ou trompeur.

Le dosage : l’élégance dans la répétition

Rien n’est plus simple — ni plus risqué — que de répéter. Car l’insistance, si elle n’est pas dosée, bascule vite dans l’excès. Un texte trop lourdement martelé peut irriter, fatiguer ou même faire fuir votre lecteur. Et le pire, c’est qu’il pourrait passer à côté de ce que vous cherchiez à lui dire.

Alors, comment savoir si l’on en fait trop ? D’abord, en écoutant le rythme de son propre texte. Une lecture à voix haute, même rapide, révèle les lourdeurs. Ensuite, en se demandant si la répétition améliore la clarté du texte ou au contraire, le rend confus. Donne-t-elle du relief ou… une épaisseur inutile ?

Enfin, mettez-vous à la place du lecteur : est-ce que vous auriez envie de poursuivre cette lecture ?

Vers une écriture plus persuasive

Les figures d’insistances ne sont pas réservées aux orateurs et aux écrivains. Elles s’intègrent naturellement dans vos textes professionnels, vos articles de blog ou vos présentations pour convaincre, émouvoir ou marquer les esprits. Veillez toutefois à les utiliser consciemment pour atteindre vos objectifs et créer du rythme. Une hyperbole ou un pléonasme insérés au hasard risquent d’alourdir ou de discréditer votre contenu.

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