La règle de trois en écriture est un principe de persuasion et de mémorisation consistant à structurer des informations, des arguments ou des éléments de langage par groupes de trois pour rendre le message plus percutant.
Qu’ont en commun Jules César, Boucle d’Or et Ian Dury ?
Le chiffre trois. L’un pour son « Veni, Vedi, Vici », la deuxième pour ses trois ours et le troisième pour son Sex & Drugs & Rock & Roll.
Vous préparez un discours ? Sélectionnez vos trois arguments.
Vous avez un meeting important ? Concentrez-vous sur trois points.
Vous vendez un produit ? Concentrez votre argumentaire sur trois bénéfices.
Si vous êtes attentif, vous verrez que le chiffre trois est omniprésent dès qu’il est question d’engager et de convaincre le public. Ce sont des applications de la règle de trois en écriture et persuasion. Pourquoi est-elle importante ? Comment l’utiliser ? Découvrez tout dans cet article.
Qu’est-ce que la règle de trois en écriture ?
La règle de trois en écriture est un principe selon lequel des éléments disposés en groupes de trois sont plus mémorables, engageants et convaincants. Pourquoi ? Parce que notre cerveau adore les motifs simples et répétitifs. Cette règle est utilisée dans diverses formes de communication, y compris la littérature et le marketing.
Règle de trois : chimère ou réalité ?
Vous vous demandez peut-être si la règle de trois en écriture et persuasion a un quelconque fondement scientifique.
Étonnement, oui.
Omne trium perfectum
En fait, le pouvoir du chiffre trois ne date pas d’hier. En effet, une citation latine semble déjà consacrer le pouvoir du chiffre trois : Omne trium perfectum (« Tout ce qui arrive par trois est parfait »).
Toutefois, la première recherche (à ma connaissance) réalisée sur le sujet est celle de Richard Petty et John Cacioppo dans les années 1980 (Effect of message repetition on argument processing, recall, and persuasion). Ils se sont demandé si la répétition d’un message affectait son pouvoir de persuasion. Pour trouver une réponse, ils ont analysé quatre variables :
- les réflexions positives suite à la lecture du message ;
- les réflexions neutres ;
- les contre-arguments ;
- l’accord à l’égard du message.
Ils ont alors découvert que la répétition affectait ces variables de façon positive ou négative. Trop de répétition, et le message perd en persuasion. Pas assez de répétitions, et le message manque de conviction.
Le chiffre trois est le point magique : en répétant trois fois le message, les réflexions positives et l’accord à l’égard du message sont au plus haut, alors que les contre-arguments sont au plus bas.
Le pouvoir du chiffre trois a été confirmé par des études ultérieures. Celle de Dominic Cheetham (The Rule of Three or Four, and Pairs, 2002) se concentre sur l’utilisation de la règle de trois en littérature et confirme son impact sur la mémorisation, l’engagement émotionnel et la persuasion. Celle de Suzanne Shu et Kurt Carlson (When Three Charms but Four Alarms: Identifying the Optimal Number of Claims in Persuasion Settings, 2014) est dédiée à l’effet de persuasion des messages promotionnels sur les consommateurs. Les auteurs ont constaté que l’utilisation de trois arguments ou affirmations dans un message marketing ou une communication persuasive est particulièrement efficace pour convaincre le public sans susciter de scepticisme. Lorsque le nombre d’arguments dépasse trois, l’effet inverse peut se produire, les consommateurs devenant méfiants et percevant le message comme excessivement manipulateur.
Les utilisations de la règle de trois à travers le temps, l’espace et les secteurs
Rien d’étonnant à ce que tout le monde, ou presque, soit capable de citer Jules César… « Veni, vidi, vici » associe la règle de trois à un parfait parallélisme (plus sur le sujet ci-dessous), ce qui booste nos capacités de mémorisation.
Et cette règle a été, consciemment ou non, utilisée à de multiples reprises à travers le temps, les cultures et les disciplines.
Dans la littérature et le storytelling d’abord, avec des exemples tels que Les trois mousquetaires (Alexandre Dumas), Les trois petits cochons, et Boucle d’Or et les trois ours. La triade sert aussi de fondement aux devises de nombreux pays, dont la France avec « Liberté, Égalité, Fraternité », et aux messages d’utilité publique (« Tous touchés, tous concernés, tous responsables » – campagne de sécurité routière, 2016). Mais ce n’est pas tout. Le règle de trois est aussi utilisée dans les titres de chansons (Sex & Drugs & Rock & Roll, Belles, Belles, Belles, Mes amis, mes amours, mes emmerdes pour ne citer qu’elles), le cinéma (les fameuses trilogies) et de façon plus surprenante, le christianisme (la Sainte Trinité, l’histoire des trois rois mages).
Inévitablement, une règle qui favorise la mémorisation et la persuasion n’a pas échappé aux marketeurs et copywriters. C’est ainsi qu’on en retrouve des applications dans les slogans (Nike, Just Do It), le storytelling, la structure et le contenu des textes de vente.
Comment utiliser la règle de trois en rédaction professionnelle ?
Créer un texte avec une structure en trois actes
Vous devez écrire l’histoire de votre entreprise, de son fondateur, d’un client ou d’un produit ? Évitez une histoire linéaire, sans rebondissements. Cherchez les éléments qui permettent de structurer l’histoire en trois parties. Commencez par planter le décor et faire progressivement monter la tension, enchaînez sur un climax où la tension atteint son paroxysme et terminez par le dénouement. Cela permet de donner du relief à n’importe quelle histoire, même une histoire corporate banale en apparence.
Une structure en trois parties peut aussi être utilisée pour d’autres types de contenus rédactionnels. Par exemple, un texte argumentatif peut être organisé en thèse, antithèse, et synthèse, permettant une analyse rationnelle d’un sujet avant de formuler une conclusion. De même, un texte de vente peut être structuré avec une présentation du problème, la proposition de solutions et une offre concrète avec un appel à l’action.
Les formules de copywriting
De nombreuses formules de copywriting suivent la règle de trois. Et pour cause : elles sont persuasives et favorisent la mémorisation. À titre d’exemple, en voici trois (évidemment) :
- Before-After-Bridge : cette formule commence par décrire la situation actuelle du prospect (Before), passe ensuite à la situation idéale après l’utilisation du produit ou service (After) et termine en expliquant comment y parvenir (Bridge). Elle est efficace pour créer une connexion émotionnelle avec le lecteur en lui montrant un chemin clair vers une solution.
- Caractéristiques-Avantages-Bénéfices : grâce à cette structure, vous présentez un produit en trois étapes, à savoir ses caractéristiques techniques, les avantages offerts par ces caractéristiques et les bénéfices concrets que le client peut en tirer. Cette formule rend le message plus clair et persuasif.
- Problème-Agitation-Solution : ici, le texte commence par identifier un problème, puis agite ce problème pour en souligner l’importance et enfin, propose une solution. Cette formule est couramment utilisée pour capter l’attention du lecteur en lui montrant l’urgence du problème avant de lui offrir une solution.
Bon à savoir : si vous écrivez pour convaincre, ne vous noyez pas dans un océan de détails. Sélectionnez les trois arguments principaux et répétez-les (trois fois) pour marquer les esprits, simplifier le message et en augmenter le pouvoir de persuasion.
Les figures de style
Pour donner du rythme et de la personnalité à votre texte tout en renforçant son pouvoir de persuasion et sa mémorisation par les lecteurs, pensez aux figures de style. Les figures d’insistance, basées sur la répétition d’éléments, s’adaptent particulièrement bien à la règle de trois. Voici quelques figures de style à utiliser dans vos écrits :
- Répétition : elle consiste à répéter un même mot ou un groupe de mots pour insister sur un point essentiel. Par exemple, dans l’œuvre de Jean Giono, la répétition du mot « gris » dans « La terre était grise, le blé était gris, le ciel était gris » crée une atmosphère oppressante et monotone.
- Énumération : elle consiste à citer plusieurs éléments successifs, en l’occurrence trois, sans ordre particulier. Cette figure de style est souvent utilisée pour souligner les attributs d’un produit ou d’une marque, comme « Sécurité, Fiabilité, Durabilité ». Cette triple énumération crée un rythme et favorise la mémorisation.
- Accumulation ou gradation : Il s’agit d’une énumération ordonnée où les éléments sont classés par ordre croissant ou décroissant d’intensité ou d’importance. Par exemple, la célèbre réplique de Cyrano de Bergerac : « C’est un roc ! C’est un pic ! C’est un cap ! ». Cette figure donne du relief et de la dynamique à votre texte.
- Anaphore : elle consiste à répéter un mot ou un groupe de mots au début de phrases successives pour renforcer une idée ou créer un effet rythmique. Un exemple célèbre est donné par Jules César avec « Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu ».
Pour rendre la règle de trois plus efficace, n’oubliez pas le parallélisme. Il consiste à maintenir une structure grammaticale cohérente entre les éléments énumérés ou répétés, ce qui rend votre texte plus fluide et harmonieux. Par exemple, si vous commencez une énumération par un verbe, il est important de continuer avec des verbes pour ne pas briser le rythme ou la clarté de votre message.
La règle de trois n’est pas un procédé stylistique. C’est la clé de voûte de la rédaction persuasive. Qu’il s’agisse de captiver un lecteur avec une histoire bien ficelée, de convaincre un client avec un argumentaire structuré ou de créer un slogan inoubliable, cette simple règle augmente vos chances de succès. Alors, la prochaine fois que vous vous retrouverez face à une page blanche ou en train de peaufiner un texte, pensez à cette règle.

