Une phrase peut être déclarative, impérative, interrogative, exclamative. Elle peut aussi être active ou passive, affirmative ou négative, personnelle ou impersonnelle, empathique ou neutre. En combinant ces différentes structures, vous donnez du rythme au texte.
« Lorsque vous rédigez pour le web, faites des phrases simples ». Vous avez sans doute vu ce conseil (ou des variations) maintes fois. Et c’est un bon conseil : la phrase simple est efficace pour transmettre un message clair et direct. Malheureusement, elle ne suffit pas toujours pour maintenir l’intérêt du lecteur. Alors que faire ? Variez vos phrases. Après un bref rappel de notions fondamentales, découvrez comment structurer vos phrases et comment utiliser les différentes structures pour améliorer l’impact de vos écrits.
Quels sont les types de phrases ?
Il y a quatre types de phrases : déclarative, impérative, interrogative et exclamative.
Phrase déclarative
C’est la phrase de base, celle qui représente la majorité d’un texte. Son objectif est de transmettre une information.
Elle est composée d’un groupe sujet et d’un groupe verbal, sans inversion (sauf lorsque l’inversion est utilisée à des fins stylistiques, ce que je vous déconseille en rédaction professionnelle).
Ces deux éléments peuvent être précédés ou suivis d’un complément d’objet ou d’autres éléments.
Phrase impérative
Vous pourriez aussi utiliser des phrases impératives pour exprimer une injonction, un conseil ou une interdiction.
Vous le faites généralement lorsque vous voulez inciter le lecteur à l’action.
En général, cette phrase est à l’impératif (logique), mais d’autres modes sont possibles, par exemple l’infinitif.
Phrase interrogative
La phrase interrogative, quant à elle, permet d’obtenir une information. Elle peut aussi être utilisée pour augmenter l’engagement des lecteurs en leur posant des questions rhétoriques.
Elle se termine toujours par un point d’interrogation, mais sa construction est variable :
- Inversion sujet-verbe dans le langage soutenu (voulez-vous…).
- Mot d’interrogation ou locution « est-ce que… » dans le registre courant (est-ce que vous voulez…).
- Phrase d’apparence déclarative exprimée comme une interrogation dans le langage familier (vous voulez… ?).
Phrase exclamative
Enfin, la phrase exclamative révèle l’émotion ou l’opinion de son auteur.
Sa construction peut varier, mais elle se termine toujours par un point d’exclamation.
Elle peut commencer par un mot exclamatif qui renforce son intensité. Par exemple, « Qu’il fait chaud ! »
| Type | Fonction | Exemple | Quand l’utiliser en rédaction web ? |
|---|---|---|---|
| Déclarative | Elle transmet une information. | « Le chat dort. » | La phrase de base : elle constitue la majorité de tout texte informatif. |
| Impérative | Elle exprime une injonction, un conseil ou une interdiction. | « Variez vos phrases. » | Pour inciter le lecteur à passer à l’action (CTA, conseils, tutoriels). |
| Interrogative | Elle permet d’obtenir une information. | « Alors que faire ? » | Pour engager le lecteur et l’inviter à réfléchir via des questions rhétoriques. |
| Exclamative | Elle révèle une émotion ou une opinion. | « Qu’il fait chaud ! » | Avec parcimonie, pour apporter de l’émotion et de l’enthousiasme. |
Quelles sont les formes de phrases ?
Les 4 types de phrases peuvent prendre plusieurs formes qui vont davantage modaliser votre pensée : active/passive, positive/négative, personnelle/impersonnelle, neutre/emphatique.
Active ou passive
Dans une phrase active, le sujet réalise l’action. C’est la forme de base, la plus directe. La structure suit l’ordre naturel sujet → verbe → complément.
Elle peut être transformée et devenir passive par l’ajout de l’auxiliaire « être », suivi d’un participe passé et souvent, de la préposition « par ». Le sujet et le complément sont inversés. La phrase passive présente la même action du point de vue de ce qui la subit.
Négative ou positive (affirmative)
Une phrase positive (ou affirmative) affirme quelque chose : elle pose un fait, une idée ou une action comme étant réels ou vrais. C’est la forme de base.
Elle peut être transformée en phrase négative grâce à l’ajout de mots exprimant la négation, qu’il s’agisse d’un adverbe (ne, pas, jamais, etc.), d’un pronom (personne, rien, etc.) ou d’un déterminant (nul, aucun, etc.). Une phrase négative nie ou refuse ce qui est affirmé.
Personnelle ou impersonnelle
Une phrase personnelle a un sujet qui désigne un être ou une chose réels, identifiables, qui accomplit ou subit véritablement l’action. Le lecteur peut dire ce que le sujet représente. En règle générale, la forme personnelle doit être privilégiée lorsque l’on rédige pour le web.
Une phrase impersonnelle se construit avec le pronom « il » comme sujet grammatical, mais ce « il » ne représente pas une personne ou un objet identifiables.
Neutre ou empathique
Une phrase neutre énonce l’information sans mettre aucun élément particulièrement en relief. C’est la forme de base.
La phrase peut devenir empathique par la mise en évidence d’un élément de la phrase (le sujet ou le complément direct) grâce :
- au détachement de l’élément au début ou à la fin de la phrase, en le séparant par une virgule (« Je n’ai jamais su parler tagalog » devient « Moi, je n’ai jamais su parler tagalog » ou « Je n’ai jamais su parler tagalog, moi »). Le détachement convient particulièrement pour insister sur un élément et donner du relief à la phrase.
- l’ajout de « c’est… qui/que… ». Par exemple, « Lucie sait parler tagalog » devient « C’est Lucie qui sait parler tagalog ». Cette technique d’emphase peut être utilisée lorsqu’on adopte un ton conversationnel, en veillant à ne pas en abuser.
| Forme | Fonction | Exemple | Quand l’utiliser en rédaction web ? |
|---|---|---|---|
| Active / passive | Active : le sujet réalise l’action. Passive : le sujet subit l’action. | « Le chien mord l’os. » → « L’os est mordu par le chien. » | La phrase active apporte de la clarté et du dynamisme. La phrase passive est utile lorsque l’objet importe plus que l’agent. |
| Positive / négative | Positive : affirme quelque chose. Négative : réfute quelque chose. | « Je sais. » → « Je ne sais pas. » | La forme positive convient mieux en rédaction web, car elle est directe et lisible. La phrase négative permet de nuancer ou de corriger une idée reçue. |
| Personnelle / impersonnelle | Personnelle : le sujet est identifiable. Impersonnelle : le sujet (il) n’est pas identifiable. | « Vous devez agir. » → « Il faut agir. » | Sur le Web, la forme personnelle doit être privilégiée, car elle crée une proximité avec le lecteur. |
| Neutre / empathique | Neutre : aucun élément de la phrase n’est en relief. Empathique : un élément de la phrase est mis en évidence. | « Lucie sait parler tagalog. » → « C’est Lucie qui sait parler tagalog. » | La phrase empathique permet d’insister sur un élément et de donner du relief. Elle s’utilise avec un ton conversationnel. |
Que sont les phrases simples, composées ou complexes ?
Vous avez sans doute déjà lu — de nombreuses fois — que vous devez privilégier les phrases simples lorsque vous rédigez en ligne. Mais de quoi s’agit-il ?
La phrase est simple lorsqu’elle ne contient qu’une seule proposition. Par exemple : « Le chat dort. » Lorsqu’elle comprend plusieurs propositions indépendantes, elle est composée. Par exemple : « Le chat dort, et le chien joue. » Et la phrase complexe, quant à elle, comprend plusieurs propositions, dont au moins une subordonnée. Par exemple : « Le chat dort parce qu’il est fatigué. »
Maintenant que vous avez vu ces exemples, pensez-vous encore que vous devez cantonner votre style aux phrases simples ? Évidemment pas.
La phrase simple est parfaite pour un message percutant, tel qu’un titre ou un slogan. Ou pour s’assurer de la clarté de votre communication. Mais les phrases complexes ont aussi un rôle à jouer. Elles permettent de développer des idées et de fournir des explications détaillées. En enrichissant le texte de nuances, elles lui donnent du relief et de la précision.
Comment utiliser les différentes structures de phrases ?
Combinez les phrases simples, composées et complexes
Cette combinaison brise la monotonie du texte et rend le contenu plus dynamique et plaisant à lire. Une écriture variée non seulement retient l’attention, mais aussi améliore la rétention des informations par le lecteur, rendant votre message plus impactant.
Utilisez différents types de phrases pour guider le lecteur
Les phrases interrogatives peuvent l’inviter à réfléchir et à s’impliquer dans le sujet traité. Les phrases impératives peuvent le pousser à agir. Et les phrases exclamatives apportent de l’émotion et de l’enthousiasme.
Variez les structures de phrases pour rendre le texte plus intéressant
Par exemple, si vos phrases commencent toujours par le même sujet, cela peut devenir ennuyeux. Au lieu de cela, essayez de commencer certaines phrases par une subordonnée, un complément ou un participe présent. Cette variété ajoutera du dynamisme à votre écriture.
Rédigez des phrases de longueur variable
Les phrases courtes sont souvent privilégiées pour leur lisibilité. Mais à l’excès, elles peuvent aussi rendre le texte monotone. En variant la longueur des phrases, vous donnez du rythme au texte. Les phrases courtes l’accélèrent, alors que les phrases plus longues ralentissent la cadence. Ces dernières portent davantage à la réflexion et permettent de partager des idées complexes.
Guidez le flux de lecture grâce à la ponctuation
La ponctuation est un outil puissant pour guider le flux de lecture et mettre en évidence certaines informations. Utilisez des virgules, points-virgules, deux-points et tirets pour structurer vos phrases de manière à souligner les points importants. Une ponctuation bien placée peut clarifier le sens de vos phrases et rendre votre texte plus agréable à lire.
Ajoutez des mots de transition
Les transitions fluides assurent la cohérence de votre texte. Elles aident le lecteur à suivre le fil de vos idées sans effort. Des expressions comme « de plus », « par conséquent » et « en revanche » sont des outils précieux pour guider le lecteur d’une idée à l’autre.
Utilisez les figures de style
Certaines figures de style donnent du rythme à vos textes. En plus, elles sont amusantes à trouver. Je pense notamment à l’allitération (répétition d’une consonne), à l’assonance (répétition d’une voyelle) et au parallélisme qui, en plus de donner du rythme, structure le texte et favorise la mémorisation.
Ajoutez des verbes d’action
Les verbes d’action donnent du mouvement et de la vitalité à vos phrases. Ils incitent davantage le lecteur à l’action.
Diversifiez votre vocabulaire
Varier les mots utilisés permet aussi d’enrichir le texte et d’éviter la monotonie. Cherchez toujours des mots précis et évitez les termes vagues. Pour renforcer le dynamisme de vos écrits, remplacez les verbes génériques comme « être » et « avoir » par des verbes plus spécifiques et imagés. Soyez toutefois prudent : l’utilisation d’un trop grand nombre de synonymes pour le même terme peut troubler le lecteur.
Un exemple avec Marcel proust
La théorie, c’est bien. Mais rien ne vaut un exemple pour saisir ce que les structures de phrases changent concrètement. Prenons un texte célèbre, l’épisode de la madeleine, dans Du côté de chez Swann de Marcel Proust, et observons ce qui se passe quand on en modifie les structures.
Original
Elle fit apporter un de ces petits gâteaux courts et dodus, appelés « petites madeleines », qui semblent avoir été moulés dans la coquille Saint-Jacques d’un pèlerin. Et bientôt, machinalement, las d’une journée morne et de la perspective d’un lendemain morne, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé dans lequel j’avais trempé un morceau de gâteau.
À peine le liquide chaud, et les miettes qui l’accompagnaient, eurent-ils touché mon palais qu’un frisson me parcourut tout le corps, et je m’arrêtai, attentif aux changements extraordinaires qui s’opéraient. Un plaisir exquis avait envahi mes sens, mais individuel, détaché, sans que l’on puisse en deviner l’origine.
Et aussitôt les vicissitudes de la vie m’étaient devenues indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire – cette sensation nouvelle ayant eu sur moi l’effet qu’a l’amour de me remplir d’une essence précieuse ; ou plutôt cette essence n’était pas en moi, c’était moi-même. J’avais cessé de me sentir médiocre, accidentel, mortel.
Version 2
Elle fit apporter une petite madeleine. Ce gâteau court et dodu semble moulé dans une coquille Saint-Jacques. La journée avait été morne. Le lendemain s’annonçait morne aussi. J’étais las. Je portai machinalement à mes lèvres une cuillerée de thé. J’y avais trempé un morceau de gâteau.
Le liquide chaud toucha mon palais. Les miettes le touchèrent aussi. Un frisson me parcourut le corps. Je m’arrêtai. J’observai ces changements extraordinaires avec attention. Un plaisir exquis avait envahi mes sens. Ce plaisir était individuel et détaché. Je n’en devinais pas l’origine.
Les vicissitudes de la vie me devinrent indifférentes. Ses désastres me semblaient inoffensifs. Sa brièveté me semblait illusoire. Cette sensation nouvelle agissait sur moi comme l’amour. Elle me remplissait d’une essence précieuse. Cette essence n’était pas en moi. Cette essence était moi-même. Je ne me sentais plus médiocre. Je ne me sentais plus accidentel ni mortel.
Version 3
Elle fit apporter une de ces petites madeleines, ces gâteaux courts et dodus qui semblent moulés dans la coquille Saint-Jacques d’un pèlerin. J’étais las. La journée avait été morne, et le lendemain s’annonçait morne aussi. C’est machinalement que je portai à mes lèvres une cuillerée de thé où j’avais trempé un morceau de gâteau.
À peine me liquide chaud et les miettes eurent-ils touché mon palais que je fus parcouru d’un frisson. Je m’arrêtai et j’observai, attentif, ces changements extraordinaires. Un plaisir exquis avait envahi mes sens… individuel, détaché, sans origine devinable.
Et aussitôt les vicissitudes de la vie me devinrent indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire. Cette sensation nouvelle agissait sur moi comme l’amour ; elle me remplissait d’une essence précieuse. Ou plutôt, cette essence n’était pas en moi, elle était moi-même. Je ne me sentais plus médiocre, ni accidentel, ni mortel.
Dans l’original, la phrase n’est pas informative. Au contraire, elle sert à transmettre la sensation grâce aux longues subordonnées qui font vivre une expérience complète (de la cause à l’effet) au lecteur. Ce dernier porte la cuiller de thé à ses lèvres et sent le frisson le parcourir. Les phrases complexes sont donc idéales pour happer le lecteur et l’entraîner dans le texte. Mais encore faut-il qu’il le lise 😅. En effet, le texte est dense, exigeant et impossible à scanner. Sur le Web, ce type de texte vous ferait perdre la majorité de votre lectorat.
Dans la deuxième version, tout est ramené à la construction sujet-verbe-complément avec une idée par phrase. Le texte devient parfaitement clair et scannable : chaque information est isolée, immédiatement saisissable. Le texte devient informationnel, mais il perd son énergie et ses sensations. L’émotion est décrite plutôt que transmise. D’un point de vue technique, c’est un texte parfait pour le Web si l’ensemble de votre lectorat est composé d’IA. Mais s’il y a encore quelques humains qui vous lisent, alors offrez-leur un compromis entre scannabilité et sensation. C’est la troisème version.
Dans la troisième version, on garde la lisibilité (phrases majoritairement simples, vocabulaire conservé) tout en réintroduisant du rythme par le contraste des longueurs et de la structure des phrases. Les phrases brèves marquent un temps fort, alors que les phrases longues ou complexes invitent le lecteur à la réflexion et à la sensation. Cette version prouve que le style a sa place en rédaction web ; vous pouvez apporter du rythme au texte tout en maintenant sa clarté.
La variété est la clé d’une écriture captivante et dynamique. Combiner les types, les formes et les structures de phase permet d’enrichir le texte, de le rendre plus engageant et de maintenir l’intérêt des lecteurs. En appliquant les conseils de cet article, vous transformerez des écrits ordinaires en contenus mémorables et dynamiques. Bonne écriture !

