Souvent utilisés comme des synonymes lorsque l’on parle d’écriture, le ton, la voix et le style d’un texte sont pourtant des notions très différentes. Grâce à elles, le texte prend vie, reflète la personnalité de son auteur et influence la perception du lecteur. Dans cet article, vous découvrirez chacune de ces notions, leurs différences et la façon dont elles s’associent pour créer un texte unique, engageant et puissant.
La voix de l’auteur ou du rédacteur
Qu’est-ce que la voix d’un auteur ?
En écriture, la voix est ce qui représente la personnalité et les valeurs de l’auteur. Unique et inimitable, elle se développe progressivement, souvent inconsciemment, grâce aux expériences de l’auteur ou du rédacteur. Elle incarne ses opinions, son regard sur le monde et plus généralement, sa manière d’aborder la vie… ou les thématiques sur lesquelles il écrit. Contrairement au ton, qui peut varier selon le contexte ou l’audience, la voix reste constante d’un texte à l’autre. C’est grâce à cela qu’il est possible de reconnaître les textes d’un rédacteur, que ceux-ci soient signés ou non.
Quels éléments contribuent à la voix d’un rédacteur ?
La voix reflète l’identité d’une personne, identité elle-même composée de facteurs innés (la génétique) et acquis (par l’environnement). Cette identité se construit tout au long de la vie et particulièrement dans l’enfance. Nous avons peu d’influence sur ce processus. Après tout, nous sommes qui nous sommes.
C’est cette identité qui se reflète dans la voix de l’auteur au travers de composants subtils, parfois difficiles à identifier, tels que :
- Le choix des mots : analysez votre écriture ou celle d’un auteur que vous appréciez. Vous vous rendrez rapidement compte que les mêmes mots ou formulations apparaissent fréquemment dans l’ensemble des écrits de la même personne. Les mots et expressions que vous favorisez reflètent votre personnalité et votre parcours de vie. Une personne créative peut ainsi utiliser davantage de métaphores et un vocabulaire plus riche, alors qu’une personne cartésienne privilégie naturellement la simplicité et l’économie de mots.
- Le rythme du texte : grâce au rythme, vous entendez l’auteur lorsque vous lisez. Le rythme est influencé par la longueur des phrases, la syntaxe, les figures de style et la ponctuation. Chaque rédacteur a un rythme naturel qui, souvent, correspond à l’expression de sa pensée, à sa personnalité et même à sa façon de parler.
- Le point de vue : ou plus précisément, le pronom personnel utilisé. En effet, le choix des pronoms personnels influence la façon dont l’auteur interagit avec le lecteur. Bien entendu, en tant que rédacteur professionnel, vous utilisez le pronom recommandé par le guide de style de votre entreprise. Mais essayez d’être attentif à la façon dont les idées vous viennent. Lorsque vous prenez le sujet à cœur, le « je » s’impose naturellement. Si vous n’êtes pas à l’aise avec ce que vous écrivez et que vous souhaitez mettre de la distance, vous utilisez généralement une forme neutre (il).
- L’opinion : la façon dont vous voyez le monde (et le sujet à traiter dans le texte) influence la sélection des informations, leur organisation et la façon de les présenter. C’est pour cela qu’en dépit de la multitude d’articles de blog sur le même sujet, chaque article est différent (sauf lorsqu’il est copié d’un site à l’autre avec une légère reformulation, mais ça, ce n’est pas de la rédaction professionnelle, c’est un travail de savetier 😉).
- L’engagement émotionnel : votre ressenti par rapport au sujet traité (passion, distance, réflexion) influence votre écriture, mais aussi la façon dont le lecteur la perçoit. Bon à savoir : si vous écrivez un texte en vous emmerdant ferme, le lecteur s’emmerdera ferme aussi.
Le ton du texte
Qu’est-ce que le ton en écriture ?
Après la personnalité, reflétée par la voix, nous avons l’attitude, reflétée par le ton.
Que vous soyez à l’enterrement d’une vague connaissance, à une beach party après 5 piña colada ou à la plaine de jeu avec vos enfants, votre personnalité ne change pas. Votre attitude, en revanche, change (on espère).
Il en va de même pour vos écrits. Vous gardez votre voix dans l’ensemble de vos communications écrites, mais vous modulez le ton de vos textes en fonction des circonstances. D’abord, votre ton peut être formel ou informel. Il sera informel si vous écrivez un post privé sur vos réseaux sociaux. Il sera formel si vous écrivez un email à votre chef. Mais en plus de cette distinction formel/informel, le ton peut être chaleureux, bienveillant, léger, distant, dur, sarcastique, humoristique, etc.
Le ton d’un texte dépend principalement du sujet, du format, de l’objectif et du public visé. Il peut varier d’un texte à l’autre, et même au sein d’un même texte. Par exemple, vous pouvez adopter un ton léger dans un article de blog, tout en choisissant un registre plus sérieux pour traiter des points particulièrement importants.
Quels éléments participent à la création du ton d’un texte ?
Le choix du ton dépend du contexte, en particulier du sujet et du public cible, ainsi que de l’objectif du texte (informer, divertir, persuader). Ces deux éléments guident la sélection du ton, et cette sélection se manifeste par :
- Le sentiment du texte : c’est l’émotion ou l’état d’esprit transmis par le texte, par exemple l’enthousiasme ou la colère.
- Le registre de langue : il détermine le niveau de formalité ou de familiarité du texte. Il est surtout influencé par le choix des mots. Un registre familier crée un ton plus détendu, alors qu’un registre soutenu induit un ton plus sérieux ou grave.
- La syntaxe : La longueur des phrases et la manière dont elles sont structurées affectent directement le ton. Ainsi, les phases longues conviennent mieux aux communications sérieuses qui nécessitent toute l’attention du lecteur. Les phrases courtes et rythmées conviennent davantage à la persuasion ou au divertissement.
Le style du rédacteur
Qu’est-ce que le style ?
Après la personnalité (voix) et l’attitude (ton), nous avons maintenant l’aptitude (style). En effet, le style est la partie technique — les rouages, si vous préférez — de l’écriture. C’est la façon dont vous assemblez les mots et les phrases sur la page, la manière technique dont le texte est structuré et présenté. Le style influence la fluidité et la lisibilité d’un texte et définit comment l’information est transmise.
La voix est innée, et le ton est imposé par les circonstances. Vous ne pouvez pas vraiment agir sur ces éléments. En revanche, le style, lui, se travaille. En effet, ce n’est pas parce que vous avez une opinion (personnalité — voix) et un objectif (attitude – ton), que vous avez la capacité d’assembler les mots sur la page de façon harmonieuse. Ou tout simplement la capacité de transmettre votre opinion à l’écrit (même de façon cacophonique).
Comment développer son style ?
Lire et écrire régulièrement
Le style se développe grâce à la pratique. Vous devriez écrire tous les jours, ne fût-ce que quelques paragraphes. De même, lisez régulièrement des auteurs variés pour avoir de multiples inspirations qui nourriront votre style. Diversifiez aussi vos sources de lecture, mais de façon intelligente. Si vous lisez des posts sur les réseaux sociaux, analysez les réactions et les commentaires pour comprendre ce qui fonctionne et pourquoi.
Expérimenter
Essayez de reproduire le style de vos auteurs préférés pour acquérir leurs techniques. Mais ne vous arrêtez pas là. Même si vous êtes rédacteur professionnel, explorez d’autres genres littéraires. Cela vous permettra d’acquérir un ensemble de techniques originales à adapter à vos écrits professionnels.
Demander des retours
Faites relire vos textes par un collègue ou un proche, et demandez-leur de les critiquer (de façon constructive). Ces retours peuvent vous révéler des forces et des pistes d’amélioration auxquelles vous n’auriez pas pensé. Si vous travaillez seul ou que vous préférez éviter de partager vos écrits, demandez des retours à une intelligence artificielle telle que ChatGPT. Cela ne vaut pas un retour humain, mais les IA peuvent aussi vous apporter des conseils utiles.
Tout le monde peut écrire. Mais tout le monde ne peut pas bien écrire, c’est-à-dire se faire comprendre, passionner ou influencer le lecteur. La rédaction professionnelle, à l’instar de la littérature, ne se limite pas à aligner les mots sur un écran. Elle nécessite un subtil équilibre réalisé grâce à la voix de l’auteur, au ton du texte et au style. Que vous cherchiez à affirmer votre voix, à maîtriser les différents tons adaptés à l’écriture professionnelle ou à affiner votre style, la clé réside dans la pratique. En écrivant, vous deviendrez un meilleur rédacteur. Alors, n’attendez pas pour vous y mettre !

