Dans son ouvrage Co-Intelligence: Vivre et travailler avec l’IA, Ethan Mollick explore les conséquences de l’intelligence artificielle sur nos vies professionnelles et personnelles. Tout en nous enjoignant à rester prudent et aux commandes de l’IA, il nous invite aussi à embrasser cette nouvelle ère de collaboration homme-machine. Pour cela, il nous donne des stratégies et des outils pratiques pour adopter la co-intelligence avec efficacité. Suivez le guide !
📎 Note : pour des raisons de simplicité, le mot « intelligence artificielle » ou IA est majoritairement utilisé dans ce texte. C’est imprécis. L’ouvrage vise spécifiquement les outils tels que GPT4 ou Gemini. Il s’agit de modèles de langage (LLM – Large Language Model), une sous-catégorie d’IA créée pour comprendre et générer du texte. À la différence des IA qui nous aident à piloter une voiture ou une machine industrielle, par exemple 🚗.
Notion de co-intelligence
La co-intelligence est la synergie entre l’intelligence humaine et l’intelligence artificielle. Elle consiste à combiner les compétences uniques et complémentaires de l’humain et de la machine pour optimiser les processus décisionnels, créatifs et opérationnels. Plus concrètement, on associe les capacités analytiques et de traitement de la machine à l’intuition, l’intelligence émotionnelle, la créativité et l’éthique humaines.
En travaillant de concert avec l’IA, les humains peuvent atteindre de meilleurs résultats, relancer l’innovation, augmenter leur efficacité, tout en restant attentifs aux implications éthiques et sociales de cette synergie.
Nous devenons ainsi des cyborgs : des humains augmentés par la technologie.
Les quatre règles fondamentales de la co-intelligence
1. Systématiquement utiliser l’IA
Qu’on le veuille ou non, l’IA est entrée dans nos vies privées et professionnelles. Et nous allons devoir nous adapter et comprendre comment en tirer profit. Selon l’auteur, la première chose à faire est donc d’utiliser cette nouvelle technologie dès que possible. Lorsque vous prenez une décision, que vous créez un texte, que vous cherchez des idées… associez l’intelligence artificielle à votre processus. Utiliser régulièrement l’IA vous permet de comprendre ses forces et ses faiblesses. Et d’identifier comment elle peut vous aider.
2. Rester aux commandes
L’intelligence artificielle ne peut pas se substituer à l’humain. Dans certains domaines, elle fournit des résultats supérieurs à ceux d’un humain. Il faut pourtant rester aux commandes, car elle n’est pas aussi performante qu’un humain. Il ne s’agit pas d’une intelligence, mais d’un logiciel puissant fondé sur d’énormes quantités de données et sur des probabilités. Déléguez les tâches les moins importantes à l’IA, gardez celles qui sont critiques pour la prise de décision et gardez le contrôle en toutes circonstances.
3. Traiter l’IA comme une personne
Les modèles de langage (LLM) fonctionnent comme une personne lorsqu’ils génèrent des réponses. Plus les instructions sont claires et spécifiques, plus la réponse est pertinente. Pour obtenir de meilleurs résultats, Ethan Mollick suggère de définir le rôle joué par l’IA dans le prompt. Par exemple, avant de lui poser votre question, indiquez « tu agis en tant que responsable marketing dans une entreprise d’informatique ». Cette approche améliore la qualité des réponses, car elle rend l’IA plus utile et pertinente.
4. Supposer que les IA actuelles sont les pires que vous devrez utiliser
Selon l’auteur, l’intelligence artificielle évolue rapidement. L’IA telle qu’on la connaît sera vite dépassée et remplacée par des technologies encore plus performantes. Il insiste sur l’importance de l’adopter dès maintenant et d’en suivre toutes les évolutions. Il voit cela comme une période d’apprentissage qui nous permettra d’utiliser plus efficacement les futures versions de l’IA.
📎 Note personnelle : Ethan Mollick a finalisé l’ouvrage pendant l’été 2023. Presque 12 mois plus tard, les modèles de langage ont peu évolué. En dépit de quelques effets d’annonce, nous n’avons plus vu d’améliorations fondamentales. Mon opinion est que nous avons atteint un plateau. Bien sûr, les outils seront progressivement affinés. Mais nous ne connaîtrons plus de changements révolutionnaires dans les années à venir. Les plus grandes évolutions se feront remarquer dans d’autres secteurs parce qu’ils commenceront à intégrer l’IA dans leurs processus pour gagner en efficacité, réduire leurs coûts, améliorer le service client ou doper l’engagement du public.
Une IA aux mille visages
Selon Ethan Mollick, l’intelligence artificielle est, tour à tour, un humain, un créatif, un collègue, un professeur ou un coach.
L’IA en tant qu’humain
L’intelligence artificielle ne se comporte pas comme un logiciel. Un bon logiciel est réglé pour vous donner la même réponse à chaque fois. Votre logiciel comptable n’imagine pas un nouveau taux de TVA à chaque fois que vous l’utilisez.
Les modèles de langage, en revanche, vous fournissent une réponse différente à chaque fois. Leur réponse est influencée par :
- La question : ils ne sont pas fiables pour les questions qui nécessitent la restitution précise d’informations (une citation, par exemple).
- La façon dont vous posez votre question : le contexte, la longueur et le ton de votre question influencent leur réponse.
- Le sujet : ils semblent exceller dans certains domaines, mais fournissent des résultats déplorables dans d’autres.
Et cela les rend très humains. En plus, ils ont la capacité de mimer les émotions humaines, ce qui peut être déroutant. L’auteur précise toutefois qu’à l’heure actuelle, aucun test n’a démontré la présence d’une conscience dans les modèles de langage. Ni même une intelligence similaire à l’intelligence humaine.
L’apparente ressemblance avec l’humain est toutefois importante. Cela nous permet de mieux comprendre les possibilités et les limites de l’intelligence artificielle. Mais aussi ses risques : l’utilisation de l’IA dans des systèmes de Chat ou des réseaux sociaux pourrait avoir des répercussions sur la santé mentale du public.
L’IA en tant que créatif
Pour l’auteur, l’intelligence artificielle excelle dans les tâches créatives, notamment en générant des idées par la combinaison de concepts qui semblent à première vue non liés. Cela est particulièrement avantageux pour les séances de brainstorming. Toutefois, pour exploiter pleinement les capacités de l’IA, il est essentiel d’utiliser des prompts détaillés et contextualisés. Sans cela, les réponses risquent d’être génériques.
L’auteur souligne aussi que l’utilisation de l’IA pour des fins créatives présente plusieurs enjeux importants :
- Vol d’idées : l’origine des données ayant servi à entraîner la machine est floue. Cela soulève des questions sur la propriété des idées générées. Utiliser ces idées pourrait mener à un vol involontaire de propriété intellectuelle (brevet, droit d’auteur, droit des marques, etc.). De plus, lorsqu’une idée est générée par GPT-4, se pose la question de savoir qui en est véritablement l’auteur : l’utilisateur ou OpenAI ?
- Perte de créativité : si vous laissez l’IA diriger le processus créatif, vous limitez votre créativité. Vous avez tendance à vous contenter de peaufiner et retravailler l’idée fournie par l’IA, sans chercher à explorer d’autres perspectives. À terme, cela peut diminuer la profondeur et la qualité de notre raisonnement, avec l’IA remplaçant l’humain plutôt que de compléter son travail. Il est donc essentiel de rester maître du processus.
- Sens de la créativité : ce n’est parce que la machine peut réaliser une tâche qu’elle devrait le faire. Cela est particulièrement vrai pour les travaux créatifs qui ont une signification personnelle pour l’auteur. Par exemple, si vous envisagez d’écrire votre autobiographie, confier cette tâche à une IA pourrait dénaturer l’expérience. Écrire sur sa propre vie peut être un processus enrichissant, permettant de revisiter son passé et de faire le point sur sa vie. De même, confier la rédaction d’évaluations de performance ou de lettres de recommandation à une IA pourrait s’avérer inapproprié. Lorsque le processus de réalisation d’une tâche est aussi important que le résultat lui-même, il peut être préférable de ne pas déléguer cette tâche à une machine.
L’IA en tant que collègue
Selon l’auteur, l’intelligence artificielle a un impact significatif sur les emplois qui exigent un haut niveau de qualification, sont bien rémunérés et demandent une grande créativité. La plupart des emplois seront modifiés par l’IA. Modifiés, mais pas remplacés. Si nous permettons à l’IA de fonctionner sans supervision, sans être là pour orienter son utilisation et corriger ses erreurs, cela pourrait nuire gravement à notre productivité et à notre développement. Il est donc crucial que les professionnels apprennent à collaborer efficacement avec l’IA, tout en conservant le contrôle.
Certaines tâches resteront exclusivement humaines, tandis que d’autres seront automatisées par l’IA. Cependant, la majorité des tâches nécessiteront une coopération entre l’homme et la machine. Initialement, nous agirons comme des centaures, en établissant des frontières claires sur les tâches à déléguer à l’IA. Avec le temps, nous évoluerons vers un modèle de cyborg, où nous créerons des synergies plus intégrées avec la machine. La machine deviendra un collègue à part entière. Je reviendrai sur les notions de centaure et de cyborg ultérieurement, car elles sont utiles pour les rédacteurs et les copywriters. Et toute personne souhaitant intégrer l’IA dans son travail.
L’IA en tant que professeur ou coach
Professeur dans une école de commerce réputée, l’auteur affiche un enthousiasme certain quant à l’utilisation de l’IA pour personnaliser les expériences d’apprentissage et fournir des retours instantanés aux apprenants. Les modèles de langage devraient permettre de rendre l’apprentissage plus efficace et engageant. Je ne développerai toutefois pas sur le sujet qui a sans doute moins d’intérêt pour vous.
Le centaure et le cyborg
Pour Ethan Mollick, l’intelligence artificielle n’est pas seulement un outil de productivité ; elle est une véritable extension de nos capacités créatives. Il nous explique comment évoluer du statut de simple utilisateur d’IA à celui de partenaire, en adoptant le rôle du centaure ou du cyborg.
Agir en tant que centaure : collaboration définie
Le centaure est une créature hybride de la mythologie grecque. Mi-homme mi-cheval, il est connu pour sa vitesse et son agilité. Dans le contexte de l’utilisation de l’IA, agir en tant que centaure signifie tirer parti des forces combinées de l’humain et de la machine tout en gardant une séparation claire de leurs rôles. Par exemple :
- Division des tâches : les tâches analytiques et répétitives sont assignées à l’IA, alors que l’humain garde les tâches créatives et décisionnelles. Par exemple, vous demandez à la machine de générer une liste de thématiques à aborder sur un blog, une liste de titres d’articles ou la structure d’un article. Vous restez responsable de la création, de la personnalisation et de l’amélioration du contenu final.
- Révision et optimisation : cette répartition des tâches s’approche de l’utilisation cyborg de l’intelligence artificielle. Vous lui demandez de générer plusieurs versions d’un même contenu, par exemple un post pour les réseaux sociaux. Vous restez responsable de choisir et d’optimiser (ton, personnalisation, reformulation, etc.) la version qui correspond le mieux à la voix de la marque et aux attentes du public cible.
Agir en tant que cyborg : intégration profonde
À la différence des centaures, les cyborgs intègrent la technologie dans chaque aspect de leur être. En tant que créateur de contenu cyborg, vous intégrez l’IA plus profondément dans le processus créatif. Par exemple :
- Co-création : vous travaillez en collaboration avec la machine en lui demandant, par exemple, de rédiger le premier jet d’un article ou d’explorer des angles créatifs que vous n’avez pas envisagés. Dans un second temps, vous ajoutez votre expertise et un point de vue personnel au résultat fourni par l’intelligence artificielle.
- Itération : vous n’êtes pas satisfait d’un paragraphe ? Vous cherchez vos mots sans succès ? Vous êtes bloqué sur une idée ? Utilisez l’intelligence artificielle comme compagnon d’écriture. Vous pouvez lui demander de reformuler le texte pour en améliorer le style, la persuasion ou la lisibilité. Vous pouvez lui demander de trouver des exemples pour accompagner un contenu trop théorique. Vous pouvez aussi lui fournir le début d’un paragraphe, et lui demander de le terminer avec plusieurs options dans des styles et des approches différentes.
- Amélioration : Après avoir rédigé un article, vous demandez à l’IA de le critiquer et de proposer des améliorations en endossant une personnalité spécifique, par exemple la personnalité de votre public cible. Cela vous permet d’avoir un retour direct sur votre travail et de l’améliorer en conséquence.
Notez que le cyborg reste aux commandes de la machine. Il doit maîtriser le sujet et apporter les modifications nécessaires au texte généré par l’IA pour supprimer toute erreur ou imprécision.
Co-Intelligence: Vivre et travailler avec l’IA vous invite à repenser votre relation avec la technologie, tout en vous fournissant des conseils pratiques pour intégrer l’IA dans votre vie avec succès. Après la lecture de cet ouvrage, vous ne verrez plus l’IA comme une menace, mais comme une opportunité. L’opportunité de faire mieux, plus vite. À condition de rester aux commandes et de garder un regard critique sur l’utilisation qui en est faite, évidemment. Pour en savoir plus, je vous recommande chaudement de lire le livre, car cet article ne fait qu’effleurer la richesse du livre d’Ethan Mollick.
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